vendredi 30 octobre 2015

LA TOUSSAINT

Toussaint : le chrysanthème, la "fleur des veuves" Par Louis Morice le 01-11-2013
Le jardinier en chef à Versailles Alain Baraton raconte comment, en France, le chrysanthème s'est retrouvé associé au jour des morts. Interview.
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Chrysanthèmes dans un cimetière le jour de la Toussaint 

La fréquentation des cimetières en France est en baisse et, logiquement, les tombes sont de moins en moins fleuries. Pourtant, à l'instar du muguet le 1er mai, le chrysanthème reste la star incontournable de la Toussaint. Jardinier en chef du Grand parc de Versailles mais aussi chroniqueur sur France Inter, Alain Baraton nous raconte l'étonnante destinée de cette plante arrivée en France au XVIIIe siècle.
Le chrysanthème a-t-il toujours été associé à la mort ?
- C'est amusant de voir qu'en France le chrysanthème est devenu une plante mortuaire, utilisée pour orner les tombes lors des fêtes de novembre alors qu'en Asie, il est symbole de joie, de gaité et d'éternité. Comme je suis un grand romantique, je vais vous parler du langage des fleurs qui comptait beaucoup au XIXe siècle : à l'époque, quand vous offriez un bouquet de chrysanthèmes, cela signifiait l'amour absolu. Aujourd'hui, si vous en offrez un pot pour une soirée galante, je ne suis pas sûr que la dame apprécie beaucoup. Le chrysanthème est devenu la fleur des morts lorsque Raymond Poincaré, en 1919, avait exigé que tous les monuments aux morts de France soient fleuris. Si cette fleur est devenue emblématique de la Toussaint, c'est tout simplement que c'est l'une des rares qui soient encore, du point de vue floraison, spectaculaire à cette période. Avec une trentaine de milliers de monuments aux morts en France, la décision de Raymond Poincaré a donné un essor commercial énorme au chrysanthème !
Son statut bascule donc à la fin de la Première Guerre mondiale ?
- L'image que l'on a de l'armistice, ce sont ces femmes tout de noir vêtues qui portent sur la tombe de leur défunt mari des chrysanthèmes. On l'appelait d'ailleurs la fleur des veuves. Comment voulez-vous qu'une plante résiste à une telle appellation ?
Et d'où vient cette fleur ?
- Le chrysanthème a été rapporté d'Asie. Son nom signifie plante à fleurs jaunes car à l'origine, ils étaient jaunes. Les Chinois les cultivaient il y a 2.000 ans. Ils les vénéraient et les travaillaient un peu à la manière des bonzaïs. En Asie, cette plante a une symbolique démente. A Tokyo, tous les ans, dans le parc principal, est exposé une présentation de chrysanthèmes spectaculaire. Les Tokyoïtes s'y rendent par dizaines de milliers. Offrir des chrysanthèmes au Japon, c'est un symbole d'éternité, de grandeur, d'excellence. C'est la plante la plus parfaite qui soit. Sa fleur est d'ailleurs le symbole de la famille impériale.
Le succès de cette plante est-il limité à l'Asie et à la France ?
- Le chrysanthème est la plante la plus vendue au monde. Et il n'y a qu'en France qu'on lui donne cette connotation mortuaire. Lorsqu'il a été introduit en France, aux alentours des années 1770, la plante été considérée comme merveilleuse, sublime et extraordinaire. Les botanistes n'auront de cesse de la reproduire, de l'améliorer. Il existe quantité de chrysanthèmes dont certains sont d'une beauté et d'une finesse vraiment agréables.
La France est-elle un grand producteur de chrysanthèmes ?
- C'est, en tout cas, un pays qui en consomme beaucoup ! En termes de plante mortuaire, chaque année, 25 millions de pots de chrysanthèmes sont déposés sur les tombes en France. C'est considérable. Mais ce n'est rien par rapport à des pays comme le Japon ou les Etats-Unis qui cultivent la plante comme fleurs à couper. A l'échelle mondiale, nous restons donc un petit pays producteur.
Cette plante est-elle condamnée à perpétuité pour la Toussaint ?
- Il y a eu des essais de débaptiser certaines variétés pour les vendre sous un autre nom pour essayer de redonner une autre réputation à la fleur mais c'est très difficile. Il m'est arrivé d'offrir un petit chrysanthème à petites fleurs vraiment joli, produit ici à Versailles, mais dès que vous dites chrysanthème, ça reste la plante des tombes. Et puis, quand on voit les horticulteurs qui sortent ces gros chrysanthèmes avec des têtes énormes, violacées, c'est à se mettre une balle dans la tête. Il ne faut vraiment pas aimer la personne pour mettre ça sur sa tombe !
Propos recueillis par Louis Morice - Le Nouvel Observateur


jeudi 29 octobre 2015

LES ONOMATOPÉES EN FRANÇAIS

Les onomatopées sont des mots créés pour imiter des sons produits par des êtres animés ou des objets.


      Toc ! Toc ! Toc !               Plouf !        Dring !  Dring !          Tic ! Tac !   Clap ! Clap ! Clap !          Dong !
              
      Taper à la porte     Chute dans l'eau        Sonnerie           Pendule   Applaudissements          Le gong
    Pan !  /  Bang !            Crac !         Bzzzzz !      Glou-glou !    Drelin ! Drelin !           Boum !
             
     Coup de feu    Bruit sec (rupture)   Bourdonnement            Boire          Clochette        Explosion

 

 En voici quelques autres.

         Atchoum !              Flic-flac !        Frou-frou !             Badaboum !              Pin pon !
         
   Paysage...
  
        Eternuement               Clapotis (eau) Froissement d'un tissu       Bruit d'une chute Sirène des pompiers
             Pouet ! Pouet !                   Pschitt !    Tagada ! (répété)                Vlan !           Vroum !
              
  Corne des vieilles voitures         Liquide qui jaillit    Galop du cheval         Bruit fort et soudain    Accélération d'un moteur


 Dans un sens plus large on appelle onomatopée un mot traduisant des sentiments ou sensations.
 douleur: aïe!  ouille!      dégoût: berk!   beurk,   pouah!       rire: ah! ah! ah!   hi! hi! hi!        soulagement: ouf!      chut !  silence     dépit:  zut !(fam.)

dimanche 25 octobre 2015

PÂTISSERIE FRANÇAISE

LA GASCOGNE

La Gascogne est située dans le Grand Sud-Ouest français. Elle est marquée par ses limites naturelles que sont l'océan Atlantique, de la frontière espagnole à l'estuaire de la Gironde, à l'ouest, le cours de la Garonne, au nord et à l'est et le contrefort des Pyrénées, au sud.

jeudi 22 octobre 2015

JOURNÉE DU BÉGAIEMENT

Journée du bégaiement : "T'es bourré ou quoi ?" Non, je suis bègue depuis mes 5 ans Publié le 22-10-2015 Par  Ingénieur en télécommunication

LE PLUS. Ce 22 octobre est la journée mondiale du bégaiement. Ce trouble de la parole touche 1% de la population française et près de 55 millions de personnes dans le monde. 

Comment vit-on avec ? D’aussi loin que Vincent Valdelievre, 32 ans, s’en souvienne, il a commencé à bégayer dès ses premiers mots. Témoignage.


Près d'1% de la population française souffrirait de bégaiement.

Dès que j’ai commencé à parler, j’ai bégayé. Je n’ai subi aucun traumatisme, c’est venu comme ça.
Quand j’ai prononcé mes premiers mots, mes parents ont immédiatement compris que j’avais un trouble de la parole. J’ai très vite été pris en charge par des orthophonistes et des psychiatres. Avec plus ou moins de succès.
 Aujourd’hui, j’ai 32 ans, je bégaye et je suis toujours suivi.

En CP, lire à voix haute était difficile

Mes premiers souvenirs remontent au CP. Je me rappelle avoir eu quelques difficultés à lire à voix haute. Comparé aux autres, je trébuchais sur les mots, j’hésitais, j’avais du mal à finir les phrases. Dès qu’il fallait apprendre une poésie par cœur, puis la réciter devant toute la classe, je bloquais.
À cet âge, je n’ai pas ressenti cette différence comme une honte. J’étais simplement surpris de ne pas être comme les autres. Certainement parce que j’ai eu la chance d’être toujours bien entouré de mes amis, de ma famille. Personne ne s’est moqué de moi.
 Quelques railleries sont venues plus tard, au collège.

"Bah, là, ça fait une minute que tu ne bégayes pas"
 Tout petit, j’avais le sentiment que mon bégaiement était l’une de mes caractéristiques, mais arrivé dans l’adolescence, cela s’est transformé en différence. Dans la cour de récréation, je voyais souvent d’autres élèves me regarder bizarrement. Jamais personne n’est venu me parler en face, mais je pense que derrière mon dos, on se moquait de moi.
 Mal à l’aise, j’ai tenté de cacher mon bégaiement du mieux que je le pouvais. Je parlais moins et je me mettais systématiquement en retrait. Lorsqu’il y avait des lectures, ou des interrogations orales, je m’appliquais à aller voir les professeurs pour leur parler de mon problème. La plupart étaient bienveillants, mais il arrivait qu’un enseignant insiste.
"Bah, là, ça fait une minute que tu ne bégayes pas, donc je pense que tu peux très bien aller au tableau."
 Comme s’ils savaient ce qu’il y avait de mieux pour moi…

Tout dépend du moment
 Ce que les gens ont parfois du mal à comprendre, c’est que mon bégaiement est plus ou moins intense selon l’instant. Tout dépend de mon stress, de la situation dans laquelle je me trouve, de mon état de fatigue, mais aussi de mon interlocuteur. Je serai toujours plus à l’aise à discuter en face d’une personne, autour d’un café, que lorsque je dois parler au téléphone ou que je me retrouve face un auditoire plus important.
 Si on me pose des questions plus ou moins gênantes, je peux rapidement me bloquer. C’est, par exemple, très difficile pour moi d’interagir dans une dispute.
J’ai aussi plus de mal à questionner les gens. Il m’est déjà arrivé de me retrouver devant un prof qui voyant mon visage se crisper et les mots manquants a pris peur. Parce que j’étais subitement silencieux, il a cru que je faisais un malaise et a insisté pour que je m’allonge au sol alors que j’allais très bien. 

Les gens finissent mes phrases, mais ça ne me dérange pas
Que les gens finissent parfois mes phrases ou qu’ils me regardent différemment ne m’a jamais dérangé. Je les comprends. Ça ne doit pas être évident de me parler quand mes hésitations sont trop prononcées. Quelque part ça minimise l’impact de mon bégaiement. Je me dis que les gens ne sont pas focalisés sur mon trouble de la parole. Ça me rassure.
 Durant ma scolarité, je n’ai jamais eu de gros soucis. Au bac de français, j’ai expliqué ma situation au professeur qui a été très indulgent et a accepté que j’écrive mon plan sur papier. J’ai eu une bonne note.
 Lors de certains oraux, pour des stages par exemple, il m’arrivait d’enregistrer ma voix. J’enclenchais le son qui me présentait, je préparais soigneusement un power point, puis mes interlocuteurs m’interrogeaient par la suite. Dans ma lettre de motivation, je n’hésite pas à en parler pour que les gens soient prévenus.
J’ai eu de la chance, mon bégaiement ne m’a porté aucun préjudice. En revanche, je suis peut-être passé à côté de certaines embauches, mais j’estime que ce n’est pas bien grave. 

J’avais peur que l’on se moque de moi
 Du côté de ma vie privée, c’est un peu différent. Il m’a fallu plus de temps pour avoir confiance en moi. À chaque fois que je rencontrais une fille, mon cœur s’emballait et systématiquement je stressais. J’avais beau essayer de masquer mes angoisses par le silence, j’étais frustré de ne pas être aussi expansif que je l’aurais souhaité.
 Oui, j’aurais aimé être plus avenant, mais la peur que l’on puisse se moquer de moi me tétanisait. Parfois, quand j’abordais une fille dans une soirée, j’étais tellement stressé que j’avais du mal à sortir les premiers mots, simplement pour me présenter. Et pourtant, ce n’était pas une question piège. Certaines souriaient et me lançaient :
 "Mais, t’es bourré ou quoi ?"
 Depuis, j'ai compris que la meilleure façon d’éviter ce genre de remarques était de parler de mon bégaiement le plus vite possible.

Aujourd’hui, je n’ai plus rien à prouver
Avec l’âge, je crois que ma confiance en moi a repris du poil de la bête. Ma posture professionnelle, le fait que je sois marié et que j’ai un fils, m’ont convaincu que je n’avais rien à cacher.
Le sport est aussi primordial à mes yeux. Je pratique le rugby et la boxe. J’ai eu besoin de me conforter par le physique.
 Aujourd’hui, je n’ai plus rien à prouver. J’ai continué à voir un orthophoniste. J’y apprends des techniques, c’est un peu un coach mental. J’essaye de penser positivement, de me convaincre que je n’ai rien à craindre. 

Mon bégaiement ne disparaîtra pas. Il est ancré en moi
 Mon bégaiement a toujours été en dents de scie. Je suis capable d’enchaîner une très bonne semaine avec une autre plus compliquée. En 5e ou lors de ma première année de Maths Sup, je me souviens d’avoir eu des années très fluides.
 Même si j’ai l’impression de m’être amélioré, je sais que mon bégaiement ne disparaîtra jamais complètement. C’est ancré en moi de manière pensée. Evidemment, c’est un handicap car certaines choses me prennent plus de temps et d’effort.
Tout ce que j’espère, c’est de vivre avec le mieux possible. Ce qui me rassure, c’est que j’ai l’impression qu’on en parle beaucoup plus facilement aujourd’hui qu’il n’y a 20 ans. Avant, je me sentais seul. Heureusement, ce n’est plus le cas aujourd’hui.
  
Propos recueillis par Louise Auvitu
 Pour plus d'informations sur le bégaiement : l'association Parole-Bégaiement

mardi 20 octobre 2015

EVEREST

« Laissé pour mort à l’Everest » en 1996, l’Américain Beck Weathers a réappris à vivre
LE MONDE | 18.10.2015 à 21h28 • Mis à jour le 19.10.2015 à 11h55

L’alpiniste Beck Weathers (à gauche) et l’acteur Josh Brolin, avant la première du film « Everest », le 9 septembre, dans un cinéma de Hollywood (Californie). | FREDERICK M. BROWN / AFP
Le 10 mai 1996, l’Américain Beck Weathers, alors âgé de 49 ans, survit miraculeusement à la tempête qui a coûté la vie à huit membres de deux expéditions commerciales sur les flancs du mont Everest (8 848 mètres). A l’occasion de la sortie en salles à la fin de septembre de la superproduction Everest, réalisée par l’Islandais Baltasar Kormakur – et inspirée du livre Tragédie à l’Everest (Presses de la Cité, 1998), du journaliste américain Jon Krakauer –, qui relate ce tragique épisode de l’histoire du point culminant du monde, les éditions Glénat publient Laissé pour mort à l’Everest, la traduction du récit de Beck Weathers parue en 2000 en langue anglaise.
Dans ce livre à deux voix, Beck Weathers et son épouse, Peach, content sans concession les années de vie commune dominées par l’obsession de Beck pour la montagne, et la manière dont ils ont vécu et péniblement surmonté le drame de la « mort » de Beck. Ce dernier se souvient notamment avoir « quitté la vie » au-dessus de 8 000 mètres d’altitude avant que la « vision » de sa femme et de leurs deux enfants, alors adolescents, ne le pousse à« revenir d’entre les morts ». Beck Weathers relate, sans se l’expliquer, comment, désorienté, quasi aveugle, les deux mains gelées et le visage rongé par le froid, il est redescendu seul au camp 4 (à 8 000 mètres), où sescompagnons l’ont installé seul dans une tente, convaincus qu’il ne passerait pas la nuit.
Finalement évacué par hélicoptère, l’alpiniste a perdu son nez, sa main gauche et une partie de la main droite. Aujourd’hui âgé de 68 ans, Beck Weathers exerce toujours la profession d’anatomopathologiste, à Dallas, au Texas, et a embrassé une carrière de conférencier. Il se confie au Monde dans une interview.
Le personnage interprété par l’acteur texan Josh Brolin dans le film « Everest » n’est guère sympathique...
Le Beck Weathers du film fait effectivement figure de véritable salaud. Il profère des paroles inappropriées et impolies que je n’aurais jamais pu imaginer. Comme lorsqu’il demande à Ang Dorje Sherpa, notre sirdar [chef des guides d’altitude népalais de l’expédition], s’il parle anglais… Ça m’a mis en colère quand j’ai vu le film, car je suis quelqu’un d’assez ouvert et amical, et j’ai le sens de l’humour. Je me suis interrogé sur les raisons qu’avait la production de rendre mon personnage aussi superficiel et détestable, même si elle lui insuffle un peu d’humanité au fil de l’histoire. J’imagine que la tentation était trop forte pour un scénariste de Hollywood de camper le personnage d’un Texan conservateur autrement que sous les traits du stéréotype de la grande gueule et du vantard… L’avantage pour le salaud que je suis à l’écran, c’est que ce salaud est plutôt beau gosse et qu’il est marié à Robin Wright [qui incarne son épouse, Peach Weathers].
Le film est-il néanmoins réussi ?
Je le trouve d’une qualité technique extraordinaire. Il réussit à recréer l’Everest, et l’ambiance est assez fidèle à la réalité, à l’exception de la scène de ma prétendue chute sur une échelle traversant une crevasse, du scandale que j’aurais fait à Rob Hall [l’organisateur néo-zélandais de son expédition, mort lors de la tempête] pour qu’il vienne me secourir et de mes éructations sur la mauvaise qualité du service par rapport à ce que m’a coûté l’expédition. Tout cela est de la pure fiction. Jamais personne ne se serait adressé de cette manière à Rob Hall, qui était un type sympa, mais qui ne se laissait en aucun cas marcher sur les pieds.
Qu’est-ce qui vous a amené sur l’Everest en 1996 ?
J’ai été dépressif pendant une bonne vingtaine d’années, dès le début de ma vie de jeune adulte. J’ignore totalement l’origine de ce mal. C’était simplement une profonde tristesse et une absence d’espoir qui m’ont poussé à deveniraccro à l’exercice physique. Car quand j’y soumettais mon corps, mon esprit s’allégeait. Je me couchais vers 20 heures chaque soir et je me levais chaque matin à 4 heures pour effectuer jusqu’à dix-huit heures d’entraînementphysique par semaine. J’ai transformé mon corps de citadin en corps d’athlète et je me suis mis à gravir des montagnes. Le défi des sept sommets [qui consiste à gravir le sommet le plus élevé de chacun des sept continents, lancé par le Texan Richard Bass dans les années 1980] s’est peu à peu imposé à moi. Richard Bass s’y était engagé à un peu plus de 40 ans, et j’appartenais à la même tranche d’âge. Je ne pensais pas forcément aller au bout, mais chaque fois que j’avais gravi un de ces sommets, j’avais le sentiment que c’était une bonne chose de faite, assortie d’un superbe voyage. On ne peut nier qu’aller en Antarctique ou en Papouasie-Nouvelle-Guinée est une aventure en soi…
Nombre de gens qui s’attaquent à l’Everest prétendent, comme l’a dit l’alpiniste britannique George Mallory, qui y a trouvé la mort en 1924, que c’est « parce qu’il est là ». Quelles étaient vos raisons d’y aller ?
Les gens qui prétendent aller sur l’Everest « parce qu’il est là » ne croient pas réellement à ce qu’ils disent. C’est un raccourci, une manière d’esquiver, de ne pas révéler les détails de leur vie intime. Aucun d’entre nous n’y va pour cette seule raison. Chaque individu dans chaque groupe qui s’y attaque a ses raisons – personnelles et complexes – de se trouver là. Pour moi, c’était la quête d’un dépassement physique, un but après être devenu totalement dépendant à la pratique d’activités physiques à cause de ma dépression. La dépression m’a quitté car j’ai décidé de vivre avec optimiste, mais je n’affirme pas que j’en suis guéri à jamais.
Comment expliquez-vous qu’on ait pu vous laisser pour mort là-haut ?
On m’a laissé pour mort ou on m’a jugé trop esquinté pour tenter de me sauver, par trois fois en tout. D’abord, ma camarade d’expédition, la Japonaise Yasuko Namba, et moi avons été laissés sur une pente de glace et de rochers au bord de la face du Kangshung [face est de l’Everest] parce que nous n’avions plus la force de descendre. Puis, le lendemain, quand d’autres membres des expéditions sont venus nous examiner, même si nous nous accrochions encore faiblement à la vie, nous étions déjà « partis » tellement loin, avec nos visages recouverts d’une couche de glace, qu’ils ne pouvaient imaginer qu’on avait la moindre chance de survivre.
Ils ont alors pris la décision de nous laisser mourir. C’était un cas de tri médical comme ceux auxquels on est confronté pendant les guerres : une sélection des plus classiques dans ce type de circonstances…
La situation s’est reproduite quand j’ai réussi à redescendre au camp 4 après m’être inexplicablement relevé. Mes mains et mon visage étaient si abîmés que les autres étaient convaincus que je ne passerais pas la nuit. Et comme personne n’avait très envie de vivre cette expérience à mes côtés, ils m’ont installé seul dans une tente. Je n’en tiens rigueur à personne et je n’éprouve aucune colère. Quiconque va sur l’Everest en s’imaginant qu’on lui sauvera la vie [dans de telles circonstances] n’a rien à faire là-bas. C’est de mon propre chef que je suis monté là-haut et ce sont mes jambes qui m’ont porté. Sur place, chacun essaie de faire au mieux et ceux qui n’ont pas vécu une telle tempête ne peuvent comprendre la terreur, le stress et l’épuisement auxquels on est soumis. Dans une telle situation, chacun sent qu’il a de très grandes chances de ne pas redescendre et de mourir. Les autres ont fait au mieux et je ne peux leur en vouloir, car, finalement, je suis rentré, je vais bien et je suis heureux. Mais je pense à Yasuko, qui était une petite femme toute frêle. Si on avait redescendu son corps léger, elle serait morte dans une tente, accompagnée, et pas toute seule sur la glace.
Vous souvenez-vous de votre errance pour redescendre seul au camp 4 ?
J’ai littéralement gelé à mort, et ce n’est pas plaisant. Mais on finit par ne plus du tout sentir le froid. On est comme anesthésié et on trouve une certaine paix quand la fin approche. En revanche, je n’ai absolument aucun souvenirde la quinzaine d’heures que j’ai passées, inconscient, face contre la glace, avant de me relever. Quand, bizarrement, je me suis réveillé, j’ai eu une vision de ma femme et de mes enfants. Et si vous étiez convaincue que vous allez mourir dans une heure, je suis sûr qu’il en irait de même pour vous. Vous « verriez » ceux que vous aimez… Plus tard, quand les autres m’ont aidé à redescendre du camp 4, je n’avais mal nulle part, contrairement à ce que j’ai lu ultérieurement dans des articles de presse me décrivant alors comme hurlant de douleur. Tout en moi était mort, et ce qui est mort ne génère aucune douleur. A ce moment-là, je ne pensais à rien, surtout pas à mon avenir. Il s’agissait de se concentrer sur l’instant présent.
Comment était-ce d’être mort ?
Je ne l’ai vécu qu’une fois, aussi je ne peux généraliser [rires], et je n’étais mort que dans l’esprit des autres. Etre mort est sûrement moins difficile que d’être en train de mourir, puisque ça consiste en un sommeil sans rêve… Et puis ma prétendue mort n’a duré que quelques heures. Du coup, le stress et la tristesse ont vite cédé le pas, chez les miens, à l’espoir et à l’optimisme. Scientifiquement, je suis incapable de dire comment j’ai pu survivre, mais je portais des vêtements noir et rouge, qui emmagasinent la chaleur des rayons du soleil, et je suppose que j’en avais suffisamment absorbé. Puis, quand je me suis remis à bouger, j’ai immédiatement recommencé à générer de la chaleur. J’ai quand même craint d’avoir grillé irrémédiablement des neurones, dont j’ai grand besoin dans mon activité d’anatomopathologiste, mais il semble qu’ils se reconstituent, pourvu qu’on ait continué à respirer et à pomperle sang vers le cerveau.
Comment expliquez-vous l’énorme retentissement de ce drame ?
Les deux expéditions touchées par ce drame ont suscité un énorme intérêt parce qu’elles étaient suivies quasi en temps réel aux Etats-Unis, notamment. Sandy Hill Pittman [l’épouse de Robert Pittman, cofondateur de la chaîne MTV] et le journaliste Jon Krakauer envoyaient respectivement des comptes rendus quotidiens à NBC Interactive Medias sous forme de blog vidéo et à Outside Magazine. Des médias avaient investi dans cette histoire sans savoir qu’elle allait tourner aussi mal, et elle a été révélée principalement sur Internet, ce qui lui a donné une ampleur qu’on ne soupçonnait pas à l’époque. Là-bas, nous ne nous rendions pas compte de ce qui se passait.
Qu’est-ce qui vous a décidé à raconter votre histoire dans un livre en 2000 ?
On m’a tout de suite proposé d’écrire un livre, mais Jon Krakauer, qui participait à la même expédition que moi, avait déjà accompli un travail formidable avec Into Thin Air [Tragédie à l’Everest], en 1997, et je ne voyais pas l’intérêt d’en faire une version allégée. Je pensais, en revanche, que le public pourrait s’intéresser aux raisons de l’attraction d’un homme pour cette montagne, au prix qu’il a payé pour y accéder, et à la reconstruction à laquelle il a dûprocéder quand tout s’est effondré.
La littérature de montagne consiste majoritairement en des récits de types qui gonflent la poitrine parce qu’ils ont vaincu des sommets techniques. Ce n’était pas du tout mon histoire.
J’ai plutôt été témoin des dommages collatéraux que cause le non-retour d’un alpiniste chez lui, le vide abyssal qu’il a laissé, surtout s’il y a des enfants, et cet aspect valait la peine d’être décrit. Peach et moi n’avons pas du tout conservé les mêmes souvenirs de ces épisodes, et pourtant nous en donnons chacun très honnêtement notre version. Le livre ne nous a pas servi de thérapie de couple, mais il ne nous épargne ni l’un ni l’autre.
Vous avez d’abord raconté votre histoire dans des conférences…
Je me suis mis à travailler comme conférencier deux ans après mon retour de l’Everest. J’ai toujours été un conteur dans l’âme, mais je n’avais rien de vraiment intéressant à dire jusqu’à ce que cette incroyable histoire m’arrive. Je ne me lasse pas de la raconter, car j’ai besoin de l’entendre plus que quiconque. La dire et la redire, c’est la revivre, et ça renforce la leçon que j’ai reçue sur l’Everest. Je n’ai jamais perçu d’intérêt morbide de la part de mes divers auditoires, car il existe une sorte d’admiration sacrée du public par rapport à cette montagne. Ce drame s’est produit suffisamment tôt dans mon existence pour me permettre d’en changer le cours.
Pourquoi était-il devenu nécessaire de changer ?

Quand je suis parti en expédition pour l’Everest, j’étais convaincu que je remplissais parfaitement mon rôle d’homme. Je travaillais dur et je subvenais très largement aux besoins de ma famille. Je ne me droguais pas et je buvais de l’alcool avec modération ; je n’étais pas un coureur de jupon et j’aimais immensément ma femme et mes enfants. J’ai simplement fait l’erreur de penser que cela suffisait. Mais c’était complètement faux. Je ne leur donnais aucune preuve que j’étais vraiment là pour eux. J’étais simplement trop absorbé et trop absent, et c’était un énorme stress pour Peach que de s’inquiéter de ma sécurité et de s’occuper des enfants lorsque j’étais en expédition. J’ai dû opérer un changement drastique et délibéré dans mon existence, sans lequel j’aurais perdu Peach, ce dont je ne me serais jamais remis, parce qu’elle est l’amour de ma vie. Ce qui s’est passé sur l’Everest m’a contraint à toutréévaluer et réexaminer, et enfin à vivre. Je suis grand-père depuis un an et demi, heureux de vieillir avec ma femme, et pas pressé du tout de mourir pour de bon.

dimanche 11 octobre 2015

LA PHILOSOPHIE EN ESPAGNE

Espagne. Les cours de philo disparaissent peu à peu des salles de classe
Dès l’année prochaine, le cours de philosophie ne sera obligatoire qu’en première dans les écoles espagnoles. Les étudiants qui quittent l’école à 16 ans seront privés de notions essentielles, s’inquiète El País.

“Platon expulsé des classes” : après le courrier d’un lecteur dépité publié dans El País du 18 septembre, qui avait accumulé 200 000 partages sur Facebook, le quotidien consacre ce 5 octobre une page entière à l’affaiblissment de l’enseignement de la philosophie dans les classes espagnoles.

Jusqu’à présent, les matières philosophiques étaient obligatoires durant tout le secondaire et le bachillerato, c’est-à-dire de la cinquième à la terminale. A partir de l’année prochaine, la philosophie ne sera obligatoire qu’en première. Le cours d’éthique, pendant les années antérieures, et le cours d’histoire de la philosophie, en terminale, seront optionnels.
“Cela signifie qu’un étudiant pourra sortir de l’Education nationale à 16 ans sans avoir vu les fondamentaux qui structurent la pensée occidentale, des classiques à Marx ou à Sartre”, constate El País. Les enseignants de philosophie se sont mobilisés ; l’un d’entre eux explique au quotidien que ce processus de marginalisation ne concerne pas seulement la philosophie, mais aussi toutes les matières qui amènent l’étudiant à être créatif, comme l’art ou la musique.
 Maëlle Ausias