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Le graffeur cubain El Sexto
Le
graffeur cubain El Sexto met ses cochons au service de l’art et de la
contestation Le
Monde.fr | 11.03.2016 Par
Emmanuelle Jardonnet
Le plus célèbre et le plus contestataire des graffeurs
cubains, Danilo Maldonado Machado, dit « El Sexto », 32 ans, expose
actuellement, et pour la première fois, aux Etats-Unis, dans une galerie de
Miami, en Floride. Loin des rues de La Havane, loin du cœur de son
action ? Au contraire : le nom de son exposition, « Pork »,
comme l’installation phare de l’événement, se présentent comme des manifestes
de son travail, centré sur la réalité du
régime castriste.
Les deux font en effet
référence à une performance intitulée « La Ferme des animaux » que
l’artiste avait tenté d’organiser dans la capitale cubaine le jour de Noël
2014. Clin d’œil à la fable de George Orwell, où l’écrivain avait offert une
vision satirique du stalinisme en racontant la prise de pouvoir de cochons dans une ferme, El Sexto avait projeté de lâcher dans un parc du centre-ville deux cochonnets arborant à même
la peau les prénoms des frères Castro : Fidel et Raúl. Avec à la clé l’occasion
de manger de la viande pour ceux qui les attraperaient. Il
avait été arrêté en chemin dans son taxi, les deux animaux dans le coffre, et
incarcéré sans jugement pour « insulte » aux leaders
de la révolution.
DIX MOIS DE PRISON
Il ne s’agissait pas de la
première arrestation du graffeur, très actif dans les rues de La Havane depuis
2008. Mais cette fois, il allait passer dix mois
derrière les barreaux, ne ressortant qu’en octobre 2015 après une campagne
d’Amnesty International en faveur de ce « prisonnier
d’opinion ».
Entre-temps, de nombreuses
actions de soutien et de solidarité tant à Cuba qu’à
l’international avaient été menées. En avril, alors qu’il se trouvait en
prison, l’artiste recevait ainsi le prix Vaclav Havel « pour la dissidence
créative », décerné par la Human Rights Foundation, tandis que Barack Obama évoquait son cas avec
Raúl Castro au Sommet des Amériques.
Le 25 février, lors de la
soirée de vernissage de son exposition, où sont présentées une soixantaine
d’œuvres – des peintures, ainsi qu’une série de dessins réalisés au cours de
son incarcération –, l’agitateur n’a pas failli à sa réputation d’insolence
face au régime. Il a ainsi donné une conférence de presse depuis l’enclos
aménagé dans la galerie pour son duo de cochons.
MUSIQUE
PUNK ET TATOUAGE LIVE
Un concert du groupe
punk-rock cubain Porno Para Ricardo était également au programme du happening,
comme la projection de La Vie de Juanita Castro, film réalisé par Andy
Warhol en 1965 dans un contexte de répression violente de
l’homosexualité à Cuba, et dans lequel certains personnages masculins, dont les
frères Castro et Che Guevara, sont joués par des femmes. Enfin, El Sexto s’est
fait tatouer dans le dos en
public un texte évoquant « 57 ans de violences et d’assassinats à
Cuba », avec pour conclusion : « Les responsables sont
encore libres. »
Pour l’artiste, le
tatouage est devenu un moyen de s’exprimer hors des murs et de façon plus
pérenne. Cette démarche fait suite au geste de la police cubaine,
qui lui avait arraché un tee-shirt sur lequel il avait dessiné le portrait de
Laura Pollán – leader du mouvement d’opposition « Dames en blanc », qui
regroupe des épouses de dissidents emprisonnés –, décédée de façon jugée
suspecte en 2011. Désormais encrée sur sa peau, l’image y côtoie notamment une
autre figure de la lutte pour une plus grande liberté personnelle, politique,
et économique à Cuba : Oswaldo Payá, lui aussi disparu dans des circonstances
étranges en 2012.
ESPACE
PUBLIC SOUS SURVEILLANCE
Malgré l’assouplissement
récent du régime, l’espace public reste un domaine extrêmement sensible à Cuba.
La performeuse activiste Tania Bruguera avait ainsi été arrêtée seulement cinq
jours après El Sexto, le 30 décembre 2014, soit deux semaines après l’annonce
historique d’une normalisation à venir des relations
entre les Etats-Unis et Cuba. Cette artiste à la carrière internationale
projetait d’installer une tribune avec micro sur l’emblématique place de la
Révolution pour permettre aux
passants de s’exprimer librement pendant une minute.
Pour empêcher cette
performance dans la rue, les forces de l’ordre avaient procédé à de nombreuses
arrestations préventives de dissidents ce jour-là. L’artiste a ensuite été
placée en liberté surveillée pendant plus de six mois avant de pouvoir
récupérer son passeport à l’été 2015.
Côté graffitis, à Cuba « le
problème n’est pas tant de peindre dans la rue
que l’aspect politique du propos », explique
Yulier, 26 ans, dont les peintures humanistes sont visibles à travers toute La
Havane. « Pour les autorités, les choses sont simples : ou bien les
œuvres sont contre la révolution ou bien c’est de l’art », résume
l’artiste urbain, qui travaille toujours en plein jour et signe chacune de ses
réalisations.
LÂCHERS
DE PORCS EN PRÉVISION
Ses personnages
minimalistes aux grands yeux mélancoliques « reflètent la réalité de
la vie des gens qui les entourent, les conditions matérielles… », explique
l’artiste, qui conçoit ses fresques comme des chroniques de la société cubaine plus
suggestives qu’ouvertement dénonciatrices. En trois ans, il assure n’avoir
jamais eu de problème, malgré des images souvent ironiques, tels ses
personnages de lapins souriants, en uniformes, qui moquent la posture
officielle des militaires cubains.
De son côté, El Sexto –
dont le nom même raille le pouvoir castriste, « le sixième » faisant
référence à une campagne de propagande faite sur les murs du pays pour glorifier cinq « héros » Cubains
arrêtés aux Etats-Unis en 1998 pour espionnage et tous libérés en 2014 –, a déjà annoncé son
intention de retourner à Cuba continuer son combat
pour le changement… et reproduire chaque
Noël son lâcher de porcs.
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